Compter les dents en ostéopathie : comment et pourquoi ?

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Compter les dents en ostéopathie : comment et pourquoi ?

Si je vous dis la numéro 12, la 17, la 23, la 27, la 35, la 39, la 41, à quoi cela vous fait-il penser ?

Et non ! Malheureusement ce ne sont pas les prochains numéros gagnants de l’EuroMillions. 

Vous ne voyez toujours pas ? Ce sont les numéros des différentes dents que nous possédons.

J’ai récemment eu à discuter avec un dentiste au sujet d’un patient que nous avons en commun. Il m’a expliqué les différents travaux qu’il avait effectués (plombage, extractions…). C’était passionnant mais je vous avoue ne pas avoir tout compris. Et je pense qu’il a vu et/ou senti que je n’arrivais pas à tout suivre. Comme c’est l’ami d’un ami, nous avons pu en parler. Et le message qu’il m’a fait passer était très simple :

“ Si tu veux augmenter ton réseau de prescripteurs avec des chirurgiens-dentistes, il faut absolument que tu les rassures en leur montrant que tu connais les basiques de leur métier, notamment le comptage des dents. “

C’est comme si vous vous rendiez compte en discutant avec un confrère ostéopathe qu’il était incapable de comprendre la numérotation des vertèbres ; ça ferait bizarre, non ?

Alors, si comme moi vous avez des patients qui consultent pour la sphère oro-buccale, crânienne et que vous souhaitez démarrer, ou optimiser  une collaboration interprofessionnelle, cet article, adapté de la vidéo « Compter les dents en ostéopathie : comment et pourquoi » pourra vous aider :

  • A comprendre en quoi ce comptage dentaire est nécessaire.

A apprendre comment procéder à ce comptage.

Je me suis inspiré de l’interview de la Docteure Isabelle Hue, ostéopathe DO et chirurgien-dentiste par Mathieu Schlachet, directeur du CFPCO. En voici la retranscription écrite :

Pourquoi est-ce si important de compter les dents ?

La bouche est très souvent la grande oubliée en médecine, que ce soit en ostéopathie ou dans les autres disciplines médicales. 

Pourquoi est-ce important pour l’ostéopathe ?

La prévention : 

Dans le cas des jeunes enfants, ce n’est pas parce que les dents de lait sont bien alignées, que les  dents définitives le seront également. Seule une radiographie va pouvoir révéler un éventuel problème d’éruption, et ainsi nous permettre d’orienter l’enfant vers le professionnel adapté.

La radiographie permet d’objectiver des retards d’éruption, des agénésies ou la présence de dents surnuméraires, et ce, en fonction de l’âge de l’enfant.

L’occlusion : 

Exemple : Une mauvaise occlusion peut être en lien avec la mécanique de l’ATM (articulation temporo-mandibulaire). Cela pourra nécessiter l’avis d’un dentiste, notamment si les résultats d’une prise en charge ostéopathique ne sont pas satisfaisants sur le long terme.

L’historique : 

La bouche est une sphère importante de la vie, elle sert à manger, parler, sourire… des travaux dentaires sont parfois nécessaires. Cet historique est important : il va orienter l’ostéopathe dans son raisonnement

La mastication : 

  • C’est la première phase de la digestion. L’adulte possède 32 dents, ce qui représente un coefficient masticatoire de 100%. 

Un manque de dents peut influencer le côté de la mastication, et avoir des répercussions sur la mécanique articulaire de l’ATM, de la base du crâne et des cervicales.

La langue : 

  • Un manque de dents peut entraîner la langue dans l’espace « vide ». Cela peut créer un déséquilibre avec répercussions au niveau des tissus de la loge viscérale du cou, notamment avec « déviation » de l’os hyoïde, et se répercuter sur la mécanique cervicale. Il est donc important de repérer ces manques, de réorienter le patient vers un dentiste qui pourra restaurer les dents manquantes (l’édentation).

Etc…

Donc comment faire ?

Soit en faisant ouvrir la bouche au patient :

  • Avec l’ouverture et la fermeture de la bouche, nous allons obtenir des informations sur le fonctionnement de l’articulation, sur l’occlusion…

Nous pouvons observer la mâchoire du haut et celle du bas et nous intéresser à la forme du palais, à l’alignement des dents…

  • Dans cette bouche par exemple, nous pouvons voir :
  • les dents manquantes, les travaux de restauration, les soins.
  • .

Soit en lisant une radiographie panoramique :

Il est possible de compter les dents et d’observer les éventuelles anomalies. 

Sur cette radio nous pouvons voir :

L’absence des deuxièmes prémolaires sur chacune des hémi-arcades ainsi que la présence de toutes les molaires. On peut affirmer qu’il y a eu un traitement en orthodontie avec extraction des prémolaires pour créer de la place et que le choix a été fait de conserver les troisièmes molaires (ou dents de sagesse).

  • La présence de vis et d’une plaque au niveau du menton, ce qui veut dire que le patient a subi une chirurgie maxillo-faciale.
  • .
  • Par ce biais nous avons tout un historique dentaire et chirurgical, auquel nous n’aurons peut-être pas accès par l’observation du patient et que nous allons pouvoir ajouter à l’anamnèse.

Même si le patient a mentionné ses antécédents lors du questionnaire, cela nous permet de préciser la situation anatomique des plaques et vis dans sa bouche, lors du travail des tissus mous par exemple.

Comment allons-nous compter les dents ?

⚠️ ASTUCE et PRÉALABLE POUR ÉVITER DES CONFUSIONS : par convention, en dentisterie, on regarde le patient de face. Ainsi la droite du patient correspond à la gauche sur le schéma. Il en sera de même pour la lecture d’une radiographie.

  • Il y a une nomenclature à respecter et c’est le domaine du dentiste.

Nous possédons quatre hémi-arcades, donc quatre quadrants qui par convention sont :

Pour la denture permanente adulte        Pour la denture temporaire
  • N°1 : Quadrant supérieur droit
  • N°5 : Quadrant supérieur droit
  • N°2 : Quadrant supérieur gauche
  • N°6 : Quadrant supérieur gauche
  • N°3 : Quadrant inférieur gauche
  • N°7 : Quadrant inférieur gauche
  • N°4 : Quadrant inférieur droit
  • N°8 : Quadrant inférieur droit
  • .
  • Chaque quadrant est composé de huit dents permanentes chez l’adulte, les incisives centrales, latérales, la canine, les deux prémolaires, et les trois molaires (la troisième molaire étant la dent de sagesse).

Chez l’enfant, en denture lactéale, chaque quadrant est composé de cinq dents temporaires. Les germes des dents sont à l’intérieur des os maxillaire et mandibulaire. Entre six et douze ans, on parle de denture mixte.

  • Le comptage commence par le centre de l’os maxillaire ou mandibulaire (la première incisive) puis se termine par la dernière molaire.

Le premier chiffre, indicatif de la dent, correspond au numéro de quadrant et le deuxième chiffre au numéro de la dent.

  • Exemple : 
  • Première prémolaire du quadrant supérieur droit : dent numéro 14.
  • Canine du quadrant inférieur gauche temporaire : dent numéro 73.

Molaire de lait du quadrant inférieur droit : dent numéro 85.

On arrive donc à un total de 85, ce qui ne veut pas dire que nous avons 85 dents. C’est une codification nous permettant de situer la dent, notamment dans le cas de travaux dentaires (carie sur la 44),  ou s’il manque des germes de dents (agénésie de la 71), ou encore suite à un traumatisme (17 cassée) etc…

Adulte ? Enfant ? Dents absentes ? Anomalies ?

Sur cette radiographie panoramique, nous avons tracé un trait rouge qui représente la ligne gingivale. En regardant en bouche, la partie visible de la dent se situera au-dessus de cette ligne, la partie invisible en dessous.  

  • Sans la radio, on pourrait penser que les dents sont relativement bien alignées. On verrait des petits espaces, mais pas grand-chose d’autre. 

Or si on a bien compté les dents, cela doit nous alerter, et on se rend compte qu’il manque une canine. Cela n’est pas normal, il y a nécessité d’une intervention par le dentiste le plus tôt possible.

Si nous reprenons cette radio, nous voyons quelles dents de lait sont encore sur l’arcade, les dents définitives en éruption en dessous, et les dents permanentes déjà en place. Nous pouvons voir la 33 en mauvaise posture.

Faut-il intervenir ?

  • Ce n’est pas à vous, ostéopathes, de le déterminer, ce sera le rôle du dentiste, de l’orthodontiste, ou du stomatologue. Une autre équipe se mettra en place. 
  • Le rôle de l’ostéopathe consistera à alerter.

Parfois un problème passe inaperçu et il peut être trop tard ou nécessiter une intervention plus complexe. Il n’est jamais trop tôt pour être vigilant.

Il vaut mieux faire une radio pour rien, plutôt que de passer à côté d’un problème tel que celui-là, qui pourra aboutir à un kyste, entraîner de gros dégâts et nécessiter des traitements plus lourds. 

Exemple : vous voyez on a des dents définitives et des dents de lait avec des germes de dents définitives en dessous. Si on compte bien, on voit chez ce patient qu’il n’y a que trois incisives, donc il en manque une.

Tous ces éléments vont influencer la croissance dans la dynamique articulaire etc… considérez que nous sommes en présence d’un ensemble fonctionnel.

  • .
Nous pouvons voir sur cette radio qu’il manque les dents 45, 46, 47 (quadrant inférieur droit) ce qui va avoir pour conséquence :

  • d’influencer le côté de la mastication, 
  • la diminution du coefficient masticatoire, 
  • l’installation d’une asymétrie fonctionnelle,
  • l’adaptation de tout le système qu’on appelle stomatognatique entre les dents, les muscles, et les articulations,
  • l’adaptation de la base crânienne: on remarque une inclinaison de l’apophyse odontoïde, etc…
  • .

Tous ces éléments font partie d’une dynamique globale et sont à prendre en considération, cela serait dommage de se priver de toutes ces observations.

Voici une Photo d’orthodontie prise par le Dr JR. Van Becelaere.

On peut voir qu’il manque des dents. 

Il y a une agénésie (absence de germes des dents définitives), des incisives latérales au niveau du maxillaire (12, 22).

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  • Sur cette photo, nous pouvons voir la présence de dents de lait et de dents d’adulte.

Cela va nous permettre de voir le stade (l’évolution) de la croissance au niveau dentaire et de la mise en place des dents dans la bouche.

  • .

Questions posées au Dr HUE :

À partir de quel âge peut-on faire un panoramique? 

Tout dépend de la culture médicale. On veut limiter le nombre de radios et le niveau de radiations, et en même temps, on souhaite faire de la prévention. Si on remarque une anomalie, la radio est justifiée. Ce sont des choix thérapeutiques, des habitudes médicales selon les pays, du cas par cas.

À partir de quel âge a-t-on la dentition adulte?

⚠️L’âge d’éruption des dents définitives diffère quelque peu entre les dents maxillaires et les dents mandibulaires. 

  • Mandibule adulte

  • .
  • .
  • Maxillaire en denture lactéale

  • .
Éruption des dents permanentes
Dents Mâchoire supérieure Mâchoire inférieure
Incisives centrales Entre 7 et 8 ans Entre 6 et 7 ans
Incisives latérales Entre 8 et 9 ans Entre 7 et 8 ans
Canines Entre 11 et 12 ans Entre 9 et 10 ans
Premières prémolaires Entre 10 et 11 ans Entre 10 et 12 ans
Deuxièmes prémolaires Entre 10 et 12 ans Entre 11 et 12 ans
Premières molaires Entre 6 et 7 ans Entre 6 et 7 ans
Deuxièmes molaires Entre 12 et 13 ans Entre 11 et 13 ans
Troisième molaires (dents de sagesse) Entre 17 et 25 ans Entre 17 et 25 ans
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  • Il y a bien sûr des anomalies, mais la chronologie nous permet relativement bien de déterminer l’âge d’un patient. 

Lorsqu’une dent adulte se forme, elle va progressivement prendre la place de la dent de lait correspondante, c’est pourquoi il y a une période de denture temporaire, une période de denture mixte, puis on voit qu’il y a des « trous », ça pousse un peu dans tous les sens, et ensuite se met en place la dentition adulte.

Conclusion

Dans le cadre de la prise en charge globale d’un patient, il est nécessaire de savoir compter les dents :

  • Pour remplir les fiches cliniques avec le vocabulaire adapté, notamment le résultat du temps observationnel de notre examen clinique.
  • Pour comprendre les éventuels comptes-rendus de consultation ou d’opérations.
  • Pour réorienter nos patients si nous voyons que la prise en charge ostéopathique n’est pas suffisante (résultat qui ne tient pas dans le temps…) auprès de chirurgiens-dentistes, stomatologues ou orthodontistes.

Pour demander un avis ou faire part d’une observation :  prévenir un éventuel problème d’éruption, communiquer sur les travaux dentaires ayant eu lieu ou étant à prévoir, vérifier l’occlusion, la mastication…

Pour cela, il suffit de demander au patient d’ouvrir la bouche. Nous y verrons, l’état des dents, les travaux dentaires, l’orientation des dents, l’état des gencives, le palais…

Essayez de compter ces dents pour avoir des recueils de données cliniques qui soient plus complets, puis affinez, gagnez en précision dans la façon dont vous communiquerez avec vos interlocuteurs dans ce réseau CIP, qui fera la qualité et la globalité de votre prise en charge.

Vous pourrez retrouver l’interview de la docteure Isabelle Hue à partir de laquelle j’ai écrit cet article, ainsi que d’autres vidéos sur le même thème sur la playlist Youtube Ostéo bouche.

Si tout ce qui tourne autour de l’ATM vous intéresse vous pouvez retrouver Isabelle pendant ses formations Ostéopathie et médecine dentaire : l’ATM dans tous ses états et Prise en charge de la bouche / dents / ATM en ostéopathie pédiatrique – Collaboration interprofessionnelle et regarder l’enregistrement de sa webconférence En finir avec le bruxisme ! .

Et vous, comptez-vous les dents?

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